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2017, pour une contre-République du numérique

30 Décembre 2015 , Rédigé par matthews

2017, pour une contre-République du numérique

« La République est moderne et comme tout ce qui est moderne, elle est fragile ». Ainsi s’exprimait Régis Debray lors de la première réunion de République moderne, le mercredi 16 décembre 2015, à l’assemblée nationale.

Si l’on veut la protéger, il faut analyser ce qui pourrait la fragiliser. Cela va du nationalisme comme étant une maladie de la nation jusqu’aux instances européennes supranationales qui appliquent aveuglément les règles inscrites dans les traités. Cette menace ne s’arrête pas aux frontières physiques des territoires et des traités : fragilisante, elle est polymorphe, plastique, libérale, terroriste et cybernétique. La menace cybernétique, en particulier, prend le pas sur les instances historiques grâce à la gouvernementalité algorithmique au sens où l’entend Antoinette Rouvroy : « un mode de gouvernement des comportements qui se nourrit essentiellement des données massives, brutes et décontextualisées du web, qui fonctionnent comme de purs signaux. ».

Nous évoluons vers un monde plus instrumenté, plus interconnecté, plus intelligent où la rationalisation des processus des entreprises et des services publics par l’automatisation crée du chômage et du low-cost. L’Etat pourrait en devenir lui-même low-cost s’il ne considérait pas à sa juste mesure l’ampleur du phénomène en cours. Au-delà de la fuite des données vers les grands groupes américains des NTIC se posent les conditions de leur exploitation et de leur marchandisation, mais aussi de la destruction massive de l’emploi liée à l’automatisation. Les évaluations actuelles indiquent que 30 à 40 % des emplois vont disparaitre d’ici 10 ans. Nul n’est à l’abri. Même le métier de médecin est menacé par la réalisation de diagnostics médicaux automatiques, me confiait Paul Jorion (0) lors d’une courte discussion. Soulignons que Google investit 40 % de son budget sur la R&D en santé. Les universités classiques sont aussi en concurrence avec de nouveaux parcours designés de l’extérieur par Google et Microsoft. Ainsi, l’installation de l’université de la singularité qui se veut un club pour « éduquer, inspirer, et guider les leaders dans 10 ans »(1) est un premier pas vers l’adoption d’un nouveau monde post-humain. Son inspirateur Ray-Kurzweil est au fondement d’un courant de pensée transhumaniste et darwinien. « Il est normal que l’entité qui n’a pas su s’adapter, en vienne à disparaître. ». Tout peut être résolu par les technologies, y compris le politique. Effectivement, si c’est le chemin en cours, la République est fragile et en danger. Le serait-elle par un manque d’adaptation à ces nouvelles contraintes environnementales ? Est-ce une question de volonté perdue ou d’incapacité à réagir dans un environnement technique qui impose son rythme de disruption(2) aux sociétés de plus en plus prolétarisées ?

En réponse, il ne semble pas aujourd’hui que le projet de loi du gouvernement, pour une République numérique qui prévoit notamment de renforcer et d’élargir l’ouverture des données publiques engagée par l’Etat soit une réponse adaptée pour renforcer le socle de notre République. Bien au contraire, si les données sont mises à disposition sans un cadre règlementaire réfléchi, elles seront exploitées et monnayées par ceux qui en ont déjà la capacité, c’est-à-dire les Google et consorts. Il est malheureusement prévisible que la captation de la valeur se fera par les mêmes parties prenantes.

Dans ce nouveau monde numérisé, cybernétique, algorithmique, automatique tout doit être repensé, non pas dans le sens d’une République numérique, mais dans le sens d’une contre-République du numérique. Une République qui ne porte pas le numérique comme une prothèse technique mal agencée et imposée de l’extérieur. Mais une République qui a absorbé dans sa constitution l’avènement de l’ère numérique.

Le signe de ce retournement d’une contre-République du numérique viendrait de la présentation d’un programme pour les élections présidentielles de 2017 qui soit en mesure de dire aux citoyens qu’un nouveau monde est là, qu’il peut être tout autant destructeur que bénéfique pour l’éducation, la santé, l’emploi, la laïcité, la langue française, les sciences et la recherche. Mais il faudra prendre le bon chemin, celui de l’exigence, celui de la pensée en s’inspirant de ceux qui ont réfléchi de façon approfondie à ce sujet (3) et qui préparent aussi une réponse académique avec une contre université du numérique(4), réponse potentielle aux attentes de la jeunesse et de notre société.

Cédric Matthews, citoyen pour une République moderne

(0) http://www.pauljorion.com/blog/

(1) http://www.leparisien.fr/sciences/l-universite-de-la-singularite-devrait-ouvrir-une-antenne-a-paris-des-2015-13-07-2015-4942187.php

(2) définition disruption http://www.lemonde.fr/emploi/article/2015/11/19/bernard-stiegler-ce-n-est-qu-en-projetant-un-veritable-avenir-qu-on-pourra-combattre-daech_4813660_1698637.html?xtmc=stiegler&xtcr=1

(3) Se référer notamment aux travaux de Bernard Stiegler http://enmi-conf.org/wp/enmi15/ et du groupe Ars industrialis, http://arsindustrialis.org/

(4) Ariel Kyrou et Bruno Teboul, http://www.liberation.fr/futurs/2015/07/07/pour-une-deuxieme-vague-numerique-plus-humaine-et-critique_1345050

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De la souveraineté nationale à l’Europe européenne

17 Décembre 2015 , Rédigé par matthews

De la souveraineté nationale à l’Europe européenne

Le club République Moderne dont le président est Monsieur Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, a organisé une première Rencontre autour de sa vice-présidente Madame Marie-Françoise Bechtel, députée de l’Aisne, de Régis Debray, philosophe, Alain Supiot, professeur au Collège de France, Jacques Mézard, sénateur du Cantal, président du groupe RDSE au Sénat, Pierre-Alain Muet, député socialiste du Rhône, Stéphane Rozès, politologue, et Coralie Delaume, essayiste.

Le thème de la Rencontre était : « De la souveraineté nationale à l’Europe européenne ». Des débats qui se sont tenus dans la salle Colbert de l’Assemblée Nationale, entièrement remplie, a émergé l’idée que pour rester une puissance mondiale la France devait promouvoir à la fois une politique étrangère indépendante et l’idée d’une Europe européenne, englobant tous les pays européens, y compris la Russie. Ce point est capital. Car seule une Europe européenne ainsi comprise peut éviter au XXIème siècle un monde bipolaire autour des États-Unis et de la Chine. L’indépendance implique la souveraineté populaire. C’est le peuple qui, en dernier ressort, consent ou révoque les délégations de compétences.

Jean-Pierre Chevènement et Marie-Françoise Bechtel ont lancé un appel aux parlementaires et aux autres invités présents [1], quelle que soit leur origine politique, pour contribuer à l’élaboration d’un nouveau logiciel pour la France. Ils ont appelé à la formation d’un gouvernement de salut public. Celui-ci se distingue de l’union nationale, dès lors qu’il est en rupture avec les politiques erronées qui ont conduit la France là où elle en est aujourd’hui. Une telle refondation permettra à la France de faire vivre chez elle et dans le monde ses valeurs de liberté, de laïcité, d’égalité et de fraternité, qui sont plus que jamais des valeurs d’avenir. Seule une telle réorientation de la politique française autour d’un gouvernement républicain énergique permettra de vider le Front National de sa substance et de faire revivre la démocratie républicaine. »

http://www.chevenement.fr/Un-changement-de-logiciel-pour-vider-le-Front-National-de-sa-substance-et-faire-la-democratie-republicaine_a1788.html

http://republiquemoderne.fr/2015/12/17/revivez-la-rencontre-du-16-decembre/

http://republiquemoderne.fr/2015/12/16/pourquoi-je-rejoins-republique-moderne


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[1] Notamment :
M. Arnaud Montebourg, ancien ministre
Mme Marie-France Garaud, ancienne conseillère du Président Pompidou
MM. Gérard Bapt, Jean-Pierre Blazy, Jean-Michel Villaumé, député (PS), Christian Hutin, député (MRC)
M. Pierre-Yves Collombat, sénateur (RDSE)
M. Jean-Pierre Brard, ancien député-maire de Montreuil (PCF)
M. François Morvan, responsable national de DLF
Mme Marielle Boullier-Gallo, ancienne députée européenne

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democratie de l'injonction paradoxale, dites non !

10 Décembre 2015 , Rédigé par matthews

democratie de l'injonction paradoxale, dites non !

Certains vous diront, c’est une faute morale, il faut avoir le sens civique, la peste est parfois plus supportable que le choléra…

Après le front républicain, une nouvelle variante du sacrifice est née dans les cerveaux Élyséens, le suicide républicain qui laisse suggérer le calcul électoral au long cours. C’est un grand saut dans l’inconnu, qui ne nous laisse pas oublier que la gauche dite de gouvernement a abandonné le peuple et que la droite soi-disant républicaine a trahi la nation. Déjà, nous pouvons lire qu’après le 13 décembre 2015, la gauche sera à reconstruire, et on n’aura aucun doute que cela se fera avec la même architecture et les mêmes matériaux sociétaux, européistes et communautaires. La figure de Sisyphe est aussi présente en politique et craignons que le rocher que l’ont fait rouler sans cesse de haut en bas de la colline soit le peuple de France. Tout recommencera comme avant, chacun ayant fait peau neuve, se présentera sous son meilleur apparat pour vaincre le chômage, n’en doutons pas.

Après le vol démocratique du référendum de 2005 apparait aujourd’hui un autre vol démocratique se faisant sous le mode de l’injonction paradoxale : « tu es de gauche mais tu voteras à droite ». Cela marque symboliquement la fin de cette dichotomie gauche-droite au profit de la césure Libéraux-Républicains. Dans les circonstances actuelles, et au deuxième tour des élections régionales en PACA les libéraux vont s’affronter. Dans ces circonstances et ayant fait mon devoir avant le premier tour pour faire vivre une ligne républicaine et patriote, je ne ferai pas le choix entre libéraux décomplexés et libéraux sauvages.

Je continuerai après ce triste épisode à défendre une autre ligne politique pour que les artifices électoraux d’hier laissent place à une démocratie ouverte où les Républicains des deux rives, patriotes, souverains, reprennent les manettes d’un pays à la dérive.

Cédric Matthews, Citoyen pour une République moderne

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